đŸ§± OFF MARKET no.8

.Chaque mois, une sĂ©lection totalement arbitraire d’articles ou sujets en lien plus ou moins fort avec l’immobilier, l’architecture, et le numĂ©rique (parce que j’adore les jeux vidĂ©o
)

OFFMARKET
7 min ⋅ 15/03/2023

Crédit : CNR, réponse à la question : Quels sont les 3 mots qui caractérisent le logement selon vous ?Crédit : CNR, réponse à la question : Quels sont les 3 mots qui caractérisent le logement selon vous ?

1. Un conseil pour refonder

Ouvert en novembre dernier en grande pompe Ă  Paris, le Conseil National de la Refondation dĂ©diĂ© au logement n’a pas que des amis dans la profession. Le concept en 2 mots : interroger les français, parmi lesquels de nombreux professionnels, sur le logement de demain. En pratique, 3 groupes de travail sur les thĂ©matiques suivantes :

1_ Redonner du pouvoir d’habiter aux Français
2_ RĂ©concilier la France avec l’acte de construire
3_ Faire du logement l’avant-garde de la transition Ă©cologique

Sur le papier, le principe est plutĂŽt bon de faire phosphorer autour d’un sujet de tensions. Que ce soit pour l’accĂšs au logement, le vieillissement du parc, la politique et la gouvernance en elle mĂȘme, mais aussi et surtout, le manque de foncier. En pratique, ça rĂąle sĂ©vĂšre, et pour plusieurs raisons.

D’abord et surtout, parce que beaucoup doutent de l'efficacitĂ© du dit Conseil. Cela a Ă©tĂ© dĂ©jĂ  fait, on croule sous les rapports, et rien de nouveau sous le soleil. Ensuite, parce que le sujet principal est le manque de logement, chronique, dont on peine visiblement Ă  sortir. Enfin, parce qu’en lisant certaines propositions, on se rend bien compte que l’état ne peut pas tout, tout seul, et qu’il y a des grains de sable dans la machine.

Ce qu’on en retient : A l’instar d’Henry Buzy-Cazaux, il est difficile de penser que ce CNR n’aura pas de consĂ©quence, tant le “trigger point” semble dĂ©jĂ  atteint. Mais dĂšs lors, ne doit t’on pas concentrer collectivement nos efforts sur l’acceptation d’une densitĂ© de la ville, d’une construction plus soutenue, dans un pays oĂč le NIMBY est tout de mĂȘme de mise 
 ? Ne doit t’on pas Ă©galement donner la primeur aux nouveaux accĂ©dants plutĂŽt que renforcer toujours plus la production de logement en grande partie destinĂ©s aux investisseurs ? Bizarre que cette derniĂšre question soit si peu abordĂ©e 



Crédit : Eliot Elisofon / The LIFE Picture CollectionCrédit : Eliot Elisofon / The LIFE Picture Collection

2. Viens chez moi, j’habite chez les hobbits

J’ai une sorte de fascination pour les dĂ©fis de construction ou de montage lowcost, et surtout, comment les recettes de nos grands-parents permettent parfois de faire mieux avec moins. Dans les rĂ©cap annuelles d’Archdaily, je suis tombĂ© sur cet article traitant des constructions troglodytes.

Nous apprenons Ă  l’école (ou dans “Il Ă©tait une fois l’homme”) que les premiers habitats de l'humanitĂ© Ă©taient des grottes naturelles qui offraient une protection contre les Ă©lĂ©ments et les prĂ©dateurs. Les premiĂšres constructions permanentes ont Ă©tĂ© Ă©rigĂ©es Ă  l'apparition de l'agriculture.

Aujourd'hui, des centaines de millions de personnes vivent encore en partie sous terre, notamment en Chine (20 millions quand mĂȘme, voire 30 !), en France et en Tunisie. Les grottes ont souvent Ă©tĂ© considĂ©rĂ©es comme des espaces sacrĂ©s pour la mĂ©ditation et la rĂ©flexion solitaire, et ont Ă©tĂ© transformĂ©es selon les ressources locales disponibles. Les avantages de l'habitat troglodyte sont la tempĂ©rature constante et l'efficacitĂ© Ă©nergĂ©tique, mais il y a des inconvĂ©nients tels que le manque de lumiĂšre naturelle et de ventilation.

Les exemples contemporains de l'architecture troglodyte, tels que les maisons troglodytes de Grenade (allez voir ce reportage de Geo !) en Espagne et les résidences avec cour encastrée en Chine, proposent une alternative durable et peu coûteuse aux tendances architecturales actuelles, et soulignent l'importance de se connecter avec la nature pour trouver un confort durable. Une récente expo au Musée Noguchi de New York a justement mis en avant celles réalisées au Mexique.

Ce qu’on en retient : c’est que nous pouvons partager en partie la conclusion de l’article, expliquant que regarder vers le sol et la terre pourrait ĂȘtre profitable que toujours aller plus haut. Il convient en effet de relativiser quant Ă  la consommation d’espaces au sol et les complexitĂ©s techniques. Cela dit, nous pouvons peut-ĂȘtre commencer par y stocker nos denrĂ©es “à l’ancienne” !

One more thing : nous parlions le mois dernier des prix Archdaily. Celui du meilleur projet recevant du public est un restaurant pour le moins
 surprenant !

Crédit : YASHIRO PHOTO OFFICE, Photo Ikko DobashiCrédit : YASHIRO PHOTO OFFICE, Photo Ikko Dobashi


Crédit : Métropole Grand ParisCrédit : Métropole Grand Paris

3. Que reste t’il de nos concours ? Que reste t’il de ces beaux jours ?

Sujet plutĂŽt rĂ©current des discussions de la profession mais pas tant : le sort des grands Appels Ă  Projets Urbains Innovants (APUI). Le mois dernier, l’Institut Paris RĂ©gion, agence rĂ©gionale d’urbanisme et de l’environnement, a publiĂ© une importante enquĂȘte (Ă  tĂ©lĂ©charger ici) sur ces outils de fabrique urbaine qui permettent de sĂ©lectionner le meilleur projet pour un terrain Ă  cĂ©der en organisant une consultation d'opĂ©rateurs.

Nous l’avons tous constatĂ© : les APUI ont permis aux collectivitĂ©s de porter une ambition pour des sites Ă  vocation principalement privĂ©e et ont changĂ© la façon de travailler des promoteurs qui, d’une certaine maniĂšre, ont repris les codes des amĂ©nageurs. Cela dit, le bilan reste trĂšs mitigĂ© et l’étude, dense, permet d’en dresser un bilan avec d’autres enseignements.

D’abord, la mĂ©thodologie peut s’avĂ©rer pĂ©rilleuse sur les trop grands sites oĂč arriver Ă  mettre autour de la table Pierre, Paul, Jacques, le beurre, l’argent du beurre et la crĂ©miĂšre relĂšve du miracle. Et nous ne parlons mĂȘme pas encore des recours des riverains ! Ainsi, dĂ©but 2023
_ 400 000 mÂČ SDP sur 34 sites sont livrĂ©s ou en chantier (11% du total de mÂČ SDP initialement projetĂ©s)
_ Plus d’1 million de mÂČ SDP (30% du total), ne seront pas rĂ©alisĂ©s
_ Restent 54 sites (60% du total), toujours Ă  l’étude ou au stade du permis de construire.

Ensuite, la clĂ© rĂ©side clairement dans l’implication des collectivitĂ©s. Nous l’avons expĂ©rimentĂ© collectivement : mettre dos Ă  dos les strates territoriales, communales, et privĂ©es n'amĂ©liore rien. De lĂ  Ă  faire le lien avec mon premier article sur les politiques du logement, il n’y a qu’un pas.

Enfin, autre signal faible dont le rapport se fait (trĂšs bien) l’écho : le rapport Ă  l’innovation qui a, certes, fait Ă©merger de nouveaux concepts vertueux, mais reste lĂ  encore contrastĂ©. Entre les innovations de service qui doivent prouver qu’elles sont effectivement utiles, celles constructives qui sont finalement une rĂ©ponse logique Ă  l’urgence environnementale, ou les projets qui ont associĂ© comitĂ© ou conseil scientifique, il y a Ă  boire et Ă  manger.

Ce qu’on en retient : le diagramme ci-dessous parle de lui-mĂȘme. EspĂ©rons avoir dĂ©passĂ© la course au “toujours plus” en termes de “concepts chocs”, “construire mieux et plus rapidement” (c’est faux !) et autres concepts super innovants qui n’ont aucune rĂ©alitĂ© Ă©conomique pour revenir Ă  l’essentiel : ces APUI doivent avoir en ligne de mire l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral et favoriser l’émergence d’attractivitĂ© dĂ©centralisĂ©e.

Crédit : Institut Parise Crédit : Institut Parise


4. MIPIM, mi sapin 


A l’heure oĂč j’écris, Ă  la bourre, ces derniĂšres lignes, le MIPIM ouvre ses portes. Grand messe annuel de l’immobilier (français, europĂ©en, voire mondial par la provenance des exposants), c’est l’occasion de prĂ©senter des projets, de dĂ©battre de sujets d’innovation, et aussi et surtout, de prendre le pouls de la profession.

Et autant dire que cette annĂ©e, on y va avec cirĂ© et parapluie tant les nuages semblent s’amonceler. Les revues spĂ©cialisĂ©es le pointent bien : c’est a minima une fin de cycle, voire de changement profond de paradigme. Le COVID avait vu son lot de prĂ©sages en tout genre. La guerre en Ukraine et la crise Ă©nergĂ©tique qui s’en est suivie ont ajoutĂ© leur piment. La contamination aux systĂšmes bancaires est l’avant derniĂšre pierre Ă  se barrer sur le cĂŽtĂ© avant que les marchĂ©s soient totalement plantĂ©s.

CĂŽtĂ© bureaux, les transactions s’établissent, selon les chiffres, Ă  2,6 Md€ investis Ă  date (VS 6,5 Md€ Ă  fin T1 2022). A mettre en perspective de 13 Md€ en 2021 au total et 20 Md€ avant COVID en 2019. L’attentisme est de mise dans un contexte oĂč le coĂ»t des financements explose et Ă  une allure fulgurante (cela dit, en partant sur du full equity, on peut s’en sortir !).

CĂŽtĂ© logistique, ça coince de façon surprenante, avec des montants qui reculent fortement avec, toujours d’aprĂšs CFNews, seulements 100 M€ investis Ă  date.

Enfin, le logement inquiĂšte trĂšs fortement. Depuis l’étĂ© dernier la machine est grippĂ©e et ce dĂ©but d’annĂ©e ne voit pas d’éclaircie. Avec des taux d’emprunt autour des 3% sur 20ans, les capacitĂ©s d’emprunt ont drastiquement Ă©tĂ© compliquĂ©es au cours des derniers mois.

Ce qu’on en retient : mĂȘme si plus de 20 000 participants sont attendus au MIPIM cette annĂ©e (+15% par rapport Ă  l’an dernier), l’ambiance risque d’avoir un petit arriĂšre goĂ»t salĂ© 
 Cela Ă©tant, ce n’est pas la crise pour tout le monde. RĂ©novation Ă©nergĂ©tique, innovations continuent d’avoir le vent en poupe et tant mieux ! MĂȘme si pour le coup, nous pouvons nous interroger, comme certains, sur la rĂ©elle prise de conscience Ă©cologique du


Crédit : NosheCrédit : Noshe

5. Sir, yes Sir

C’est Sir David Alan Chipperfield, architecte et urbaniste, qui a Ă©tĂ© nommĂ© LaurĂ©at du Prix Prizker 2023. C’est plus de 40 ans de travail qui sont rĂ©compensĂ©es, qui ont Ă©largi les typologies et la gĂ©ographie de son travail.

Son travail, Ă©lĂ©gant et fin, se retrouve notamment sur des bĂątiments publics, culturels et universitaires, des rĂ©sidences et des amĂ©nagements urbains en Asie, en Europe et en AmĂ©rique du Nord. Le jury a saluĂ© son engagement en faveur d'une architecture “subtile mais puissante, discrĂšte mais Ă©lĂ©gante”.

2 Ă©lĂ©ments saillants (s’il ne fallait en retenir que 2, et je sais que c’est rĂ©duire honteusement son oeuvre que je vous invite Ă  (re)dĂ©couvrir sur le site de son agence) ressortent de son travail :

  • D’abord, sa trĂšs grande maĂźtrise du travail sur l’existant avec de nombreux travaux de patrimoine historique, comme l’une de ses Ɠuvres majeurs, ma rĂ©novation du Neues Museum Ă  Berlin, en collaboration avec Julian Harrap Architects, pour remettre en lumiĂšre Â« un monde piranĂ©sien de colonnes et de fragments Â»

Crédit : David Chipperfield ArchitectsCrédit : David Chipperfield Architects

  • Egalement, sa prise en compte des impacts environnementaux, historiques et sociĂ©taux en adaptant son langage architectural Ă  chaque lieu. Le laurĂ©at 2016, Alejandro Aravena, dĂ©crit Chipperfield comme Ă©tant Ă  la fois “assurĂ© et sans arrogance, confrontant et soutenant les liens entre tradition et innovation, servant l'histoire et l'humanitĂ©â€. Cette modernitĂ© et cette conscience des enjeux environnementaux se retrouvent notamment dans la galerie James-Simon situĂ©e sur l’üle aux musĂ©es de Berlin, un bĂątiment blanc en colonnades, conçu Ă  partir de matĂ©riaux de rĂ©cupĂ©ration.

Crédit : Célia UhaldeCrédit : Célia Uhalde

Ce qu’on en retient : Ă  vrai dire, Ă  peu prĂšs tout. L’Ɠuvre de Sir David Chipperfield est prolifique, Ă©lĂ©gante, et force le respect. Trop en dire serait surement maladroit de ma part. Une architecture aussi intemporelle frise l’éternel.


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Par François CHARTIER

🎯 AprĂšs 8 annĂ©es au sein de grands groupes de la construction en immobilier d'entreprise, et 9 ans Ă  la promotion immobiliĂšre, actuellement au sein des Ă©quipes de la valorisation et de la fonciĂ©risation d'AGILE, Agence de Gestion de l'Immobilier de l'Etat.

🏙 SpĂ©cialisĂ© en immobilier d'entreprise, intervention en bureaux, hĂŽtels, mais Ă©galement sur des projets mixtes urbains. DĂ©veloppement dĂ©marche grands comptes utilisateurs. En charge de toutes les Ă©tapes depuis la recherche d'opportunitĂ©s fonciĂšres ou d'utilisateurs, jusqu'Ă  la commercialisation + la nĂ©gociation des contrats (Promesses et actes de vente terrain, BEFA, VEFA, CPI, etc.)

🎼Et puis dans la vraie vie, Papa x 3, touche à tout compulsif, gamer (quand je trouve le temps) et sportif addictif.

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