📈Des chiffres, des poules, un diable / n°10

.Chaque mois, une sĂ©lection totalement arbitraire d’articles ou sujets en lien plus ou moins fort avec l’immobilier, l’architecture, et le numĂ©rique (parce que j’adore les jeux vidĂ©o
)

OFFMARKET
7 min ⋅ 15/06/2023

©Yellow_man/Shutterstock©Yellow_man/Shutterstock

1. Lettre Ă  France đŸŽ¶

Chaque annĂ©e, il est une tradition depuis 1945 : celle pour le Gouverneur de la Banque de France d’écrire une lettre au PrĂ©sident de la RĂ©publique. Dit comme ça, on se dit que relire Harry Potter sera peut ĂȘtre plus palpitant. Peut ĂȘtre. Mais moins intĂ©ressant pour savoir ce qu’il se passe dans notre portefeuille. Car pour la seconde annĂ©e consĂ©cutive, le thĂšme est “d’actualitĂ©â€ : l’inflation !

Cette lettre donne des clĂ©s de lecture assez intĂ©ressantes. L'inflation interne en France a touchĂ© tous les biens et services. On le voit Ă  notre portefeuille. Et ça douille : + 6,7% au moment de la lettre. Mais surtout, ce n’est pas que le prix du beurre ou du lait. Loin de lĂ  ! L’inflation c’est 4 constituantes : les services, l’alimentation, les produits manufacturĂ©s et l’énergie. Si l’on retire l’alimentation et l’énergie, soit ce qui nous a fait mal sur le compte en banque de façon trĂšs visible (mĂȘme si le “quoiqu’il en coĂ»te” a limitĂ© la casse et qu’il faut en sortir), l’inflation qui reste (l’inflation sous jacente) est de 4,6 %.

La Banque de France s'engage Ă  ramener l'inflation Ă  2 % d'ici fin 2024 Ă  fin 2025. ConcrĂštement, la bonne nouvelle est que la politique monĂ©taire d’un pays agit justement sur cette inflation sous jacente et donc les pouvoirs lĂ©gislatif et exĂ©cutif ont les outils pour le faire
 MĂȘme si paradoxalement, ce n’est pas cela qui anime les dĂ©bats de l’assemblĂ©e.

Ce qu’on en retient : 4 outils pour agir sur l’inflation globale (pas seulement constituĂ©e du prix de la tablette de chocolat ou du kWh) :
- Réussir la transformation énergétique et climatique (afin de réduire notre dépendance aux hydrocarbures russes par exemple)
- Prendre le train de la transformation numérique avant de rester sur le quai définitivement (
voir la derniĂšre lettre)
- Transformer le travail en France (comparativement à nos voisins, les jeunes et séniors sont les grands perdants)
- Réussir la transformation publique :
les calculs sont pas bons Kevin ! On dépense encore bien trop 


One more thing : 2 petits cadeaux pour savoir si votre employeur contribue Ă  Ă©viter la spirale “prix profits” pointĂ©e dans la lettre : le bulletin de la BDF sur les nĂ©gos salariales (en moyenne, +4,4% dans les accords d’entreprises. +3% pour les cadres) et le dernier indicateur des salaires de bases dans le secteur privĂ© (+3,6% sur un an) đŸ€š


©La Finance pour tous©La Finance pour tous

2. Parce que ça coûte pas plus cher de bien manger développer !

Le 22 mai, l’économiste Jean Pisani Ferry a remis Ă  la premiĂšre ministre son rapport sur “Les incidences de l’action pour le climat”. Good news : il est possible d'atteindre la neutralitĂ© climatique tout en bĂ©nĂ©ficiant d'une croissance Ă©conomique. Par contre, ça va pas se faire tout seul. 3 principes prĂ©sentĂ©s au rapport :

1_ L'orientation du progrĂšs technique vers des technologies vertes.
2_ La sobriété, c'est-à-dire la réduction de la consommation d'énergie sans pour autant sacrifier l'efficacité énergétique.
3_ La substitution de capital aux énergies fossiles.

Le rapport souligne également qu'il ne s'agit pas de choisir entre la croissance économique et le climat. Au contraire, la transition climatique pourrait générer une croissance verte plus robuste que celle actuelle, principalement grùce à la baisse du coût des énergies renouvelables.

Cependant, l'ampleur de cette transition est comparable Ă  celles des rĂ©volutions industrielles passĂ©es et doit ĂȘtre orchestrĂ©e Ă  un rythme plus rapide. Pour atteindre la neutralitĂ© climatique d'ici 2050, nous devons accomplir en dix ans ce qui a Ă©tĂ© difficile Ă  rĂ©aliser en trente ans.

Petit souci : la dĂ©carbonation exigera des investissements considĂ©rables et pourrait temporairement freiner la productivitĂ©. Le coĂ»t Ă©conomique de cette transition ne sera acceptable politiquement et socialement (ça rĂąle dĂ©jĂ  !) que s'il est Ă©quitablement rĂ©parti. En outre, l'investissement public sera crucial pour soutenir les mĂ©nages et les entreprises. Et pour financer la transition, l’économiste propose un accroissement des prĂ©lĂšvements obligatoires, notamment sur le patrimoine financier des mĂ©nages les plus aisĂ©s, qui sera probablement nĂ©cessaire. Pas sĂ»r cependant que le gouvernement soit totalement raccord lĂ  dessus.

Enfin, le rapport souligne que la transition climatique aura des impacts significatifs sur les systÚmes humains et naturels. Les efforts pour adapter notre société et notre économie aux changements climatiques seront indispensables. Un peu dérangeant quand on sait la dépendance à la Chine par exemple dans les équipements liés aux énergies renouvelables 


©France Stratégie©France Stratégie

Ce qu'on en retient : La transition vers une économie neutre en carbone est à la fois nécessaire et possible, mais elle nécessite une transformation profonde à tous les niveaux de notre société.

One more thing : le rapport est dense et touffu avec pas mal de rapports de groupes de travail. Mais il est bourré de petits schémas assez clairs qui posent les choses. Un exemple avec la part des différents industries responsables des gaz à effet de serre.

©France Stratégie©France Stratégie


3. L’Ɠuf, la poule ou l’immeuble ?

Une fois n’est pas coutume, c’est un collĂšgue (merci Basile) qui, en me demandant mon avis sur un podcast, m’a donnĂ© l’idĂ©e d'un bref article pour expliquer quelques notions sur l'immobilier d'entreprise Ă  ceux qui ont peut-ĂȘtre du mal Ă  le situer (oui, Papa, je parle de toi !).

L’émission “GĂ©ographie Ă  la carte” proposait en effet il y a quelques temps un Ă©pisode intitulĂ© “La bourse ou la ville”. L’émission aborde la "financiarisation de l'urbain", qui dĂ©signe l'influence de l'investissement financier sur la construction et la gestion des villes. En rĂ©sumĂ© (partial je le reconnais), quelques Ă©lĂ©ments saillants :

  1. La polarisation de l'investissement immobilier : La majeure partie des investissements en immobilier non rĂ©sidentiel est concentrĂ©e dans les grandes mĂ©tropoles comme Paris. Ces investissements sont principalement gĂ©rĂ©s par des sociĂ©tĂ©s de gestion d'actifs immobiliers et des fonds d'investissement qui cherchent Ă  gĂ©nĂ©rer des rendements pour leurs investisseurs. C'est assez logique quand on y rĂ©flĂ©chit : les utilisateurs ET DONC (ce lien de cause Ă  effet n’est pas dĂ©taillĂ© dans le podcast) les investisseurs veulent les transports, les commerces, etc, ce qu’on retrouve surtout 
 en centre ville mĂ©tropolitain.

  2. L’impact de la financiarisation sur l'urbanisme : les intervenants dĂ©fendent que les villes financiarisĂ©es sont conçues pour maximiser les retours sur investissement, ce qui peut ne pas correspondre aux besoins des rĂ©sidents. Cette concentration d'investissements dans les grandes villes peut limiter les opportunitĂ©s pour les villes plus petites ou moins densĂ©ment peuplĂ©es. Je ne suis pas en phase avec cette partie, j’y reviens. Une histoire d’Ɠuf et de poule.

  3. Le rĂŽle des acteurs publics : MalgrĂ© l'importance des investisseurs privĂ©s, les acteurs publics jouent Ă©galement un rĂŽle important. Ils doivent Ă©quilibrer la nĂ©cessitĂ© de rendre la ville attractive pour les investisseurs et de garantir l'accĂšs Ă  la ville pour tous. Petit soucis en ce moment : les caisses sont plutĂŽt vides et avec le manque Ă  gagner des droits de mutations, c’est mal barrĂ©.

ConcrĂštement, comme tout investisseur (en immobilier comme ailleurs), ceux qui achĂštent des produits immobiliers Ă©valuent le risque et paient en fonction. Certaines de ces entreprises ont besoin de placer avec un haut niveau de garantie leur argent et PARCE QUE ces villes sont attrayantes, elles attirent des utilisateurs et donc, garantissent que ces immeubles dĂ©livreront un loyer. A mon sens, pas l’inverse (la poule, l’Ɠuf, vous l’avez ?). Par ailleurs, on peut noter qu’en ce dĂ©but d’annĂ©e assez noir, les mĂ©tropoles rĂ©gionales, peut ĂȘtre moins touchĂ©es que Paris par des soucis d’accĂšs, de propretĂ©, ou autres, rĂ©sistent mieux que la capitale.

Ce qu’on en retient : N’est pas Haussmann qui veut (et il est pertinent et intĂ©ressant de s’y rĂ©fĂ©rer) mais la base d’une ville, avant d’y faire venir qui que ce soit, avant d’y attirer des investisseurs (comme le cas d’école de GĂ©rard Collomb y est narrĂ©), n’est t’il pas d’ĂȘtre attrayante en soit ? De lĂ , peuvent s’imaginer d’autres financements, d’autres montages, peut ĂȘtre, effectivement, avec des enjeux plus humains.


©La ville de Villeurbanne©La ville de Villeurbanne

4. Des Crayons aux Bicyclettes : Comment les Enfants façonnent la Ville de Demain

Dans un effort pour s'adapter au changement climatique et pour rĂ©duire l'empreinte Ă©cologique, des villes comme Bordeaux, Paris et Lyon accueillent des Ă©vĂ©nements et des projets pour transformer leurs espaces urbains de façon Ă©cologique. Les Ă©coles et les enfants sont au cƓur de cette transformation. Des rues piĂ©tonnes devant les Ă©coles et des cours de rĂ©crĂ©ation vĂ©gĂ©talisĂ©es sont mises en place. L'objectif est de rendre la ville plus adaptĂ©e et sĂ©curisĂ©e pour les enfants tout en favorisant l'Ă©cologie.

En 1926, George avait l’autorisation de parcourir jusqu’à 9,6 kilomĂštres seul. En 2007, cette distance Ă©tait passĂ©e sous les 300 mĂštres pour son arriĂšre-petit-fils Edward

Un autre aspect crucial est de rĂ©duire trĂšs clairement la circulation automobile pour limiter le changement climatique et rendre l'espace urbain plus sĂ»r pour les piĂ©tons. À Lyon, les efforts pour remplacer la voiture comprennent des projets de mobilitĂ© douce, comme le tunnel pour vĂ©los sous la colline de la Croix-Rousse, qui a vu le nombre de vĂ©los passer de 2 700 en 2017 Ă  5 400 par jour en 2022. A Montpellier, ce sont directement les travaux de Francesco Tonucci, inventeur du concept, qui inspirent la ville pour ses amĂ©nagements ou ses dispositifs “kids friendly”.

Pour autant, le partage de l'espace reste un dĂ©fi, en particulier dans les villes denses. Qui n'a jamais dĂ» slalomer avec sa poussette au milieu des scooters ? (en parlant de trottoirs 
une vidĂ©o courte passionnante !). Certaines propositions incluent l'adoption du concept nĂ©erlandais de "cour urbaine", oĂč vĂ©los et voitures peuvent passer, mais Ă  un rythme rĂ©duit, crĂ©ant un espace urbain plus vivant et inclusif.

Dernier aspect et pas des moindres (on y revient aprĂšs les premiers articles) : le recours aux transports en commun pour rendre plus autonomes les enfants et notamment via les bus.

Ce qu’on en retient : derriĂšre un concept qui peut sembler tirĂ© du bingo habituel des formules toutes faites, il y a une vraie problĂ©matique : comment sĂ©curiser le piĂ©ton et rendre la dĂ©ambulation agrĂ©able ? Les enfants sont le rĂ©actif limitant. DĂšs lors, il convient de concevoir l’espace public non pas comme un lieu de transition mais vraiment comme un lieu de vie et c’est encore trop rarement le cas.


© Radio France - Rafaela Biry-Vicente© Radio France - Rafaela Biry-Vicente

5. “Blood is the key
”

C’est indinquĂ© dans le titre de cette newsletter : il faut s’attendre Ă  quelques liens entre le numĂ©rique (et mĂȘme les jeux vidĂ©o) et les articles. Quand cela mĂȘle architecture, sacrĂ©, et sortie d’un des jeux les plus attendus des 5 derniĂšres annĂ©es, ça donne un cocktail diabolique !

La chapelle des JĂ©suites Ă  Cambrai a accueilli les dĂ©cors de la bande-annonce du jeu vidĂ©o Diablo IV. Les toiles rĂ©alisĂ©es par le peintre amĂ©ricain Adam Miller (dont je vous laisse juge du style) reprĂ©sentant les personnages du jeu ont Ă©tĂ© exposĂ©es sur les plafonds et dans le chƓur de la chapelle pendant un mois et ce, aprĂšs avoir servi de dĂ©cors Ă  une bande annonce. L'exposition Ă©tait ouverte au public, et proposait une scĂ©nographie immersive pour plonger les visiteurs dans l'univers du jeu.

Le choix de la chapelle de Cambrai parmi une centaine de lieux dans le monde avait suscitĂ© un grand intĂ©rĂȘt. Mais l'exposition a Ă©galement suscitĂ© des controverses. L'association Cambrai Patrimoine a manifestĂ© contre l'Ă©vĂ©nement, considĂ©rant qu'il Ă©tait offensant pour la religion catholique. Certains estimant que l'univers du jeu vidĂ©o n'a pas sa place dans une Ă©glise, bien que la chapelle ait Ă©tĂ© dĂ©sacralisĂ©e depuis longtemps et soit utilisĂ©e pour des Ă©vĂ©nements culturels.

Pourquoi vous en parlez me direz vous ? 2 raisons Ă  cela.

D’abord parce que la France est remplie de lieux vides, qui ne servent plus ou presque, et ce n’est pas pour rien que la fondation du patrimoine existe, prĂ©cisĂ©ment pour sauver ce patrimoine. Dans le cas de Cambrai, on peut lĂ©gitimement imaginer que Blizzard n’a pas louĂ© pro bono la chapelle et c’est donc une opĂ©ration win-win qui profite Ă  tout le monde 
 y compris Ă  mon humble avis aux dĂ©fenseur du patrimoine religieux qui devraient faire en sorte qu’un maximum de gens entrent dans ces lieux plutĂŽt que de les refermer sur eux.

Ensuite, parce que, mine de rien, cette architecture religieuse ancestrale peut accueillir des usages diffĂ©rents, grĂące Ă  ses volumes exceptionnels. Par exemple (attention, le voilĂ  l’instant auto promo !) une agence locale de Kaufman & Broad. Ou mĂȘme en appartements comme le projet de l’agence HOYT Architecten Ă  Rotterdam.

©Stéphane Chalmeau©Stéphane Chalmeau

Ce qu’on en retient : l'architecture religieuse vaut la peine d'ĂȘtre dĂ©couverte, notamment dans les 2 ouvrages de Jean Marie Duthilleul. Ensuite, que les jeux vidĂ©o englobent de nombreux aspects et professions, y compris l'art graphique, clairement un art Ă  part entiĂšre, logiquement rattachĂ© au ministĂšre de la culture 
 comme l’architecture 😊


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Par François CHARTIER

🎯 AprĂšs 8 annĂ©es au sein de grands groupes de la construction en immobilier d'entreprise, et 9 ans Ă  la promotion immobiliĂšre, actuellement au sein des Ă©quipes de la valorisation et de la fonciĂ©risation d'AGILE, Agence de Gestion de l'Immobilier de l'Etat.

🏙 SpĂ©cialisĂ© en immobilier d'entreprise, intervention en bureaux, hĂŽtels, mais Ă©galement sur des projets mixtes urbains. DĂ©veloppement dĂ©marche grands comptes utilisateurs. En charge de toutes les Ă©tapes depuis la recherche d'opportunitĂ©s fonciĂšres ou d'utilisateurs, jusqu'Ă  la commercialisation + la nĂ©gociation des contrats (Promesses et actes de vente terrain, BEFA, VEFA, CPI, etc.)

🎼Et puis dans la vraie vie, Papa x 3, touche à tout compulsif, gamer (quand je trouve le temps) et sportif addictif.

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